Le panache de gaz qui s'échappe du cratère, lundi 29 mai 2006.
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Le Karthala était toujours en éruption lundi 29 mai
et les machines enregistrant son activité ne donnaient aucun
signe d'accalmie. Le lac de magma qui s'est formé dimanche
soir au fond du cratère était toujours alimenté par les deux
fontaines -une principale de 50 mètres et une secondaire
plus réduite- de lave.
Par coïncidence, une équipe de trois jeunes scientifiques
étudiant aux Universités de la Réunion et de Paris se trouve
actuellement à Moroni. Accompagnés de quatre personnes, Julie Morin, Magalie Smietana et Christopher Gomez ont passé
une semaine à effectuer des mesures et des prélèvements au
sommet du volcan. Ils en étaient redescendus lundi dernier
en catastrophe après avoir ressenti deux fortes secousses, puis étaient remontés en constatant une accalmie sur les
instruments de mesure.
L'éruption a donc débuté dimanche vers 18h30. "C'est devenu
la folie vers 21h30", résume Christopher Gomez. C'est dans
la soirée que les habitants du centre ont pu apercevoir un
nuage rose, qui reflétait la roche en fusion s'accumulant
dans le cratère. "Le lac de lave est monté de 100 mètres en
une nuit", poursuit le jeune chercheur. La hauteur du lac
reste cependant modérée : "Il est au fond, et avec les
terrasses qui entourent le cratère et la barrière de caldera
qui l'entoure, il faudrait qu'il monte de 300 mètres pour
avoir une chance de déborder, ce qui paraît très
improbable", tempère Julie Morin.
Un nuage de gaz
L'éruption est de type magmatique et non phréato-magmatique
comme celle de novembre 2005. Comme elle ne contient pas
d'eau qui pourrait entrer en contact avec le magma, on ne
prévoit pas d'explosion pour l'instant. Cette hypothèse
n'est cependant pas exclue par la suite. "Soit la fontaine
de lave s'arrête et il y aura une vidange du lac, c'est-à-dire un retrait du magma dans les profondeurs. Le
contact avec l'eau sera alors possible, et il pourrait y
avoir une pluie de cendres sur toute l'île", explique
Christopher Gomez. "Soit ça continue, et une coulée de lave
n'est pas exclue. Ça dépend du rythme d'épuisement de la
coulée de lave."
Par ailleurs, l'Observatoire a appris cette nuit par le
laboratoire de Toulouse, qui dispose des images satellites
de l'éruption, que des gaz se sont échappés du volcan. Il
s'agirait de SO2 ou de SO4. La nappe de gaz, qui ressemble à
un gros nuage rattaché au Karthala, était visible toute la
journée d'hier dans le ciel de Moroni. Aucun risque toxique
majeur ne semble pour l'instant détecté, les quantités étant
relativement modérées.
Hier, l'équipe a survolé le volcan à bord d'un avion de l'Amisec, la mission africaine de sécurisation de l'élection. Elle
devrait effectuer un autre vol en hélicoptère aujourd'hui ou
demain. "Pour localiser le phénomène, nous aurions besoin
d'au moins trois stations sommitales", explique Julie Morin.
"Il y en a deux qui marchent, la troisième est en panne. Il
faut donc qu'on monte voir s'il n'y a pas d'autre fumerole, essayer de vérifier s'il ne peut pas y avoir de dégazage."
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Le cratère la semaine dernière, pendant la mission
scientifique des trois jeunes universitaires. |
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Au premier jour de l'éruption, lundi 29 mai au matin, depuis un avion de l'Amisec. |
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Le 31 mai, photos prises sur place par l'équipe
scientifique. |
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Une équipe de 7 personnes gravit le Karthala pour
y effectuer des mesures et prélèvements. Parmi elles Christopher
Gomez, étudiant à l’Université Paris 1, Julie Morin et Magalie
Smietana, toutes deux élèves à l’Université de la Réunion, envoyés en mission par l’Observatoire de la Réunion.
Lundi 22. Les scientifiques descendent en
catastrophe car “on a entendu deux secousses comme un bruit d’avion, un souffle”.
Mardi 23. L’équipe remonte “car le signal sur les
machines était nul”. Cependant durant toute la semaine de travail, Julie Morin vivra une expérience étonnante. “J’ai senti des
bouillonnements dans l’estomac, des sifflements dans les oreilles, puis des grondements qui me faisaient sursauter alors que les autres
n’entendaient rien. Au bout de deux jours, Christopher s’est mis à
sentir les mêmes choses que moi. A chaque fois on se regardait au
même moment. A la fin, on sentait des booms toutes les secondes.”
Les deux jeunes chercheurs seront les seuls de l’équipe à percevoir
ces phénomènes. Les machines non plus n’ont rien vu, rien entendu, ils s’en rendront compte à leur retour... “La sismo n’a rien
enregistré de particulier”, constate Julie Morin.
Samedi 27. A cours de vivres, l’équipe quitte le
cratère. “On sentait vraiment que ça allait bouger”, commente Julie
Morin.
Dimanche 28, 18h30. Le Karthala entre en éruption.
Deux fontaines de lave, une principale d’une cinquantaine de mètres
de haut et une secondaire, se forment. L’activité s’accélère à
partir de 21h30. Les habitants du centre de Ngazidja, un peu
paniqués, comprennent que leur volcan s’est réveillé en apercevant
dans la nuit un nuage rouge, qui reflète la couleur du magma, et
“s’allume” depuis chaque soir .
L’éruption est uniquement magmatique, contrairement à celle de
novembre, qui avait commencé par une phase phréatique -une lutte
explosive entre l’eau et le magma- qui avait provoqué la pluie de
cendres. Aucune explosion n’est donc à craindre dans l’immédiat.
Lundi 29, 4 heures du matin. “On est réveillés par
Toulouse parce qu’ils ont pu voir sur les images satellites que du
gaz s’échappe du Karthala. Probablement du SO2 ou SO4”, raconte
Magalie Smietana. “Eux s’en préoccupent par rapport aux avions”, expliquera plus tard Julie Morin. “Pendant 4 heures, il est sorti 60
km de gaz.” Le nuage de gaz, qui rejoint la cime du Karthala, est
visible dans le ciel depuis Moroni. Un phénomène normal : “Il y a
toujours du gaz dans la lave.”
“La lave est fluide, non visqueuse, le gaz s’en échappe facilement”, ajoute Christopher Gomez, ce qui explique l’importance de ce nuage
et limite les risques d’explosion. Ce gaz éjecté du magma se dissout
cependant assez rapidement dans l’atmosphère et ne présente
logiquement pas de danger pour la santé.
Le matin, l’équipe effectue un vol à bord d’un avion de l’Amisec, la
mission africaine de sécurisation de l’élection, pour évaluer la
situation.
Les lacunes du matériel de surveillance ne permettent pas d’avoir
des données précises. “On a besoin d’au moins trois stations
sommitales pour faire des calculs et localiser le phénomène”, explique Julie Morin. “Deux marchent, la troisième est en panne. On
voudrait donc monter pour voir s’il n’y a pas d’autre zone de
dégazage.”
Julie Morin reparle de ce qu’elle a vécu la semaine précédent
l’éruption. “C’était la première fois que je me trouvais sur un
volcan avant qu’il n’entre en éruption. C’est une expérience
incroyable.” Comment se fait-il qu’elle ait senti des phénomènes
indécelables pour les autres ? “C’est bizarre. Je crois que c’est
une question d’instinct. En général, les animaux le sentent. J’étais
sur le qui-vive...”
Mardi 30. Les fontaines de lave continuent
d’alimenter le lac de magma selon la même intensité. Le lac reste à
la même hauteur, environ au quart du cratère.
Mercredi 31. L’équipe se fait transporter au sommet
du volcan par un hélicoptère de l’Amisec. L’activité est toujours
stable. “Il n’y a aucune activité à l’extérieur du cratère”, indique
Julie Morin. “La fontaine de lave est presque en son centre. Un gros
bouillonnement et des vagues se forment quand le magma arrive. Le
lac est peu sombre en surface car une croûte s’est formée, mais il
n’est pas du tout solidifié. Les bouillonnements et les sons sont
les mêmes que ceux que Christopher et moi percevions la semaine
précédente, mais en plus nets, et extérieurs.”
Et après ? Impossible de savoir quelle sera la suite du phénomène.
“Il y a des volcans où le lac dure des mois ou des années, pour
d’autres, c’est deux jours”, explique Julie. Plusieurs scénarios
sont possibles. Le danger d’une coulée de lave n’est pas totalement
écarté : une fissure dans le cratère pourrait permettre une “vidange
par en haut”, comme dit Christopher Gomez. Si la fontaine de lave se
tarit, le magma se retirera dans les profondeurs. L’eau, qui est
pour l’instant écartée du cratère par la pression, pourrait alors
être en contact avec le magma. Une explosion provoquant une nouvelle
pluie de cendres serait alors possible... mais pas certaine.
Lisa
Giachino |